Sûre de rien

 

Vous entrez dans la chapelle en poussant la porte – bois plein, pourtant moins pesant qu’il n’y paraît. Le son n’est peut-être pas immédiat mais il vous saisit quelques secondes plus tard : lourd fracas dont la résonance enfle l’espace, pousse les murs de pierre, le plafond de bois peint, la coupole claire ; coup de masse, tonnant, tombé vers la gauche, vous semble-t-il. Vous apercevez alors une lampe – un plafonnier en émail un peu suranné ; il vous rappelle vaguement une sacristie dans un film des années cinquante… voire quarante – pas un film particulier, simplement cette période telle qu’il lui arrive d’être représentée au cinéma.

 

Montant la rampe, manifestement récente, vous entrez dans un espace réduit, dont la fonction paraît assez obscure : à votre gauche, un baptistère couvert, au-dessus duquel pend un crochet articulé très oxydé, et le surplombant, dans l’ombre, une toile noircie par la crasse ou le temps contre le seul mur plein de la pièce. Les portes – second fracas, à l’écho plus puissant, persistant, et simultanément, une mince coulée de sable filant sous la lampe.

Vous sentez alors peut-être les grains crissant sous vos pieds, les grains glissant sur votre crâne dans votre cou, leur grincement contre vos dents. Vous sentez l’odeur du lieu à peine rance, l’humidité du mur pelé, dont le vert est depuis longtemps devenu gris.

 

L’impression est étrange ; l’installation mystérieuse ; l’endroit presque inquiétant – presque. Dans ce coin d’église désaffecté, où rien ne semble mener nulle part, le son tonnant a le goût grinçant du sable recouvrant lentement et inexorablement les tablettes et le sol ; ensablement tombé du ciel comme une malédiction ? Congère minérale verticale, événement purement naturel ? Caprice d’une force supposée divine ? Fracas encore mais déraillant, cette fois, métallique – comme la bande son d’un train fantôme à station fixe ? Et l’attente enfantine vous prend du prochain éclat du coin fantôme, du frisson qui vous saisit sous le filet de sable crépitant sur l’improbable grève…

 

Vous ressortez de la chapelle. Il pleut peut-être ; l’air est froid certainement. Une voiture coupe l’allée de sable rose que vous souhaitez emprunter. Tandis que vous vous dirigez vers la sortie, vous sentez la matière souple sous vos pas, crépitant. Vous étiez presque ailleurs, en un autre temps de votre vie et de la ville ; vous en revenez et, l’espace d’un instant, vous oscillez entre ces deux états. Incertaine.

Julie Faitot, septembre 2011